Jérôme Allavena

Effectivement

Vernissage Samedi 03 Septembre 2016 dès 16.00
Exposition du 03 Sept. au 23 Oct. 2016

 

La galerie Houg est heureuse d'annoncer la première exposition solo de l'artiste français, Jérôme Allavena.
Pour cette exposition, Jérôme Allavena proposera un ensemble de pièces inédites.

 

Trois souvenirs adolescents qui pourraient paraître éloignés du travail de Jérôme Allavena

- Solfège, découverte de l’ostinato, également appelé «basse obstinée». Un motif est répété «obstinément» tout le long d’un morceau, tandis que les autres parties se renouvellent. Comme je suis moi-même très bornée, cette obstination à variations spontanées me plaît.

- Cours de physique-chimie, nous travaillons sur l’électricité. La loi d’unicité des tensions m’apprend que les tensions entre les bornes de deux dipôles branchés en dérivation sont égales. J’affectionne alors ce mot de «dérivation», qui me paraît particulièrement poétique.

- De la «théorie de la dérive» (1956) de Debord, je ne souhaite retenir, en cisaillant volontairement sa définition, que le fait qu’il s’agit d’une «technique du passage hâtif».

 

Nouvelles dérivations (par Camille Paulhan)

Je ne sais si Jérôme Allavena s’obstine ou s’il dérive, mais je ne peux m’empêcher de regarder l’ensemble d’œuvres qu’il présente à la galerie Houg sous l’angle d’une variation prolongée, en entrelacements de formes et de médiums. À l’origine de son exposition «Effectivement», il y a de petits objets, comme nous en collectionnons parfois : personnages de bandes dessinées, comics ou mangas, en résine colorée, figés dans un élan qui sur le papier allait se poursuivre dans les cases suivantes. Sur ces figurines viennent donc se former d’étranges formes cotonneuses, signifiant mouvement, explosion ou action : le cartooniste Mort Walker a ironiquement recensé dans The Lexicon of Comicana (1980) plusieurs de ces «symbolia», aux noms joyeusement inventés par lui : emanata, quimps, plewds, agitrons ou encore grawlixes, qui désignent cette forêt de signes – traits, nuages, symboles divers – utilisés par les dessinateurs pour manifester la vitesse, la colère, la peur, la joie ou encore la maladie. Ceux qu’affectionne Jérôme Allavena se nomment, semble-t-il, les «briffits», nuages rappelant par leur forme les ectoplasmes de gaze vomis par la medium Stanisława Popielska au début du siècle dernier, et qui en bande dessinée sont utilisés pour manifester le départ rapide d’un objet ou d’un personnage d’un lieu vers un autre.

On ne verra dans cette exposition ni les figurines en question, ni même les dessins réalisés à partir desdits «briffits», mais l’ensemble d’un processus en forme de sauts de puce. On voguera du dessin à des gifs, de gifs à des images lenticulaires, à des dessins qui se laissent lire non sur la surface en deux dimensions de la page mais en trois dimensions puis en quatre, temps matérialisé sur des bas-reliefs, eux-mêmes repensés en forme de rondelles de durée qui s’étirent dans l’espace, jusqu’à une bande dessinée, qui semble d’abord boucler cette balade en dérivation. Mais dans ce petit ouvrage, un des «briffits» d’origine se voit au contraire non pas restitué mais déconstruit, morcelé de page en page, au fur et à mesure que les cases se multiplient : dans cet émiettement mental, le nuage d’origine, évanescent mirage de vitesse, paraît fait de plâtre et ne cesse d’être brisé en éclats de plus en plus infimes, éclats pulvérulents d’une masse qui n’était qu’une fiction. Et c’est bien à travers ces petites pertes, ces légères poussières, que Jérôme Allavena réussit à extraire une certaine essence du dessin, qui émergerait plus d’entre les choses que des choses elles-mêmes.

 

 

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